Fiche Revendicative 1 – Paix et Désarmement

« LE CAPITALISME PORTE EN LUI LA GUERRE COMME LA NUÉE PORTE L’ORAGE » (JEAN JAURÈS).

Ce n’est donc pas par hasard que la CGT s’est préoccupée des questions liées à la paix. « La CGT agit pour la paix et le désarmement, pour les droits de l’homme et le rapprochement entre les peuples » et qu’« elle milite en faveur des droits de l’homme et de la paix ».

La paix est la première des revendications ouvrières, parce que c’est la classe ouvrière qui subit la guerre, que ce sont les travailleurs qui versent leur sang : « on croit mourir pour la patrie et on meurt pour des industriels ». Pour vivre dignement, pour profiter des sciences et des techniques, les travailleurs ont besoin de paix. Pour asseoir son hégémonie, le capital a besoin de guerres : peu lui importe que ces guerres se traduisent par des massacres ou que, parfois, elles débouchent sur des révolutions.

ETAT DES LIEUX

Dès avant la constitution de la CGT, les délégués des syndicats affirmaient leur volonté de paix et d’entente internationale et la CGT elle-même, à Marseille en 1908, à Toulouse en 1910, a pris nettement position contre la guerre. En 1911, son secrétaire général précisait « à toute déclaration de guerre, les travailleurs doivent, sans délai, répondre par la grève générale, révolutionnaire ». En 1912, c’est l’affiche « guerre à la guerre » et 600 000 grévistes.

La guerre de 1914 est une guerre économique contre l’Allemagne, puissance montante et la réponse du capital à la montée des luttes et des revendications, du socialisme. Sachant que cette guerre allait être très meurtrière, les dirigeants ont envoyé, sciemment, des millions d’êtres humains au massacre. Mais la guerre n’a pas réglé les oppositions entre capitalistes (prépondérance des USA et déclin de la France et de la Grande-Bretagne). La Révolution de 1917 portant atteinte à la propriété privée des grands moyens de production et d’échange, il fallait éviter la « contagion » et compenser la baisse du taux de profit. C’est la solution fasciste qui a été mise en place, en Italie, Allemagne, Portugal, Espagne, Grèce, et en France, le patronat n’a pas hésité : « Plutôt Hitler que le Front populaire ». Durant cette période, la question de la paix est restée centrale dans la CGT. Pour sa part, dès 1950, la FNIC s’est investie internationalement pour la paix, pour le désarmement nucléaire et contre les armes chimiques : rappelons que le Zyklon B des camps de la Mort était conditionné par Francolor à Villers St Sépulcre.

Après la deuxième guerre mondiale, se sont développées les difficiles et violentes luttes de libération des peuples, en Indochine, Tunisie, Algérie, Viêt-Nam, Madagascar, Cameroun…, soutenues par la CGT. Benoît Frachon (secrétaire général) a dû entrer en clandestinité durant un an. En 1962, 9 militants étaient assassinés par la police lors d’une manifestation pour la paix en Algérie (Charonne).

En 1991, après la chute de l’Union soviétique, les USA lancent la première guerre d’Irak, puis l’éclatement de la Yougoslavie conduit à de multiples guerres, et s’enchaînent la deuxième guerre d’Irak, les interventions en Libye, en Afrique, au Yemen, l’arrivée de l’Etat islamique, et toujours le brûlot Palestine-Israël…

NOS OBJECTIFS

En créant, en mars 1950, avec 17 autres organisations, l’Union internationale des Syndicats des Industries chimiques, qui deviendra l’ICPS (Internationale de la Chimie, Pétrole et Similaires) en 1954, la FNIC voulait répondre à une nécessité, ressentie par les travailleurs et les syndicats, d’avoir une organisation internationale représentative, unitaire, capable d’apporter une contribution efficace à la défense de leurs intérêts.

L’ICPS a développé une activité syndicale importante, notamment concernant le désarmement et en 1988, un camarade de notre fédération, Paul Tabary, est intervenu à la 3ème assemblée de l’ONU sur l’interdiction des armes chimiques, pour toutes les organisations internationales (FSM, CISL). L’ICPS est la seule organisation internationale à s’être engagée dans ce combat.

L’activité fédérale, les manifestations pour la paix, le combat de la CGT, ont abouti, en 1993, à la Convention internationale interdisant la fabrication, la mise au point, le stockage des armes chimiques, validée par 165 pays en 1997, mais non signée par Israël, Corée du Nord et Syrie. Quelle suite à ce premier pas vers la paix ?…

La paix est une construction politique quotidienne qui nécessite un processus généralisé de développement de tous les droits humains, à commencer par les plus élémentaires : se nourrir, se loger, se soigner, … Cela passe par l’accès à l’éducation et au savoir pour remplacer la croyance par la connaissance et la raison, repousser ainsi tous les obscurantismes, religieux ou non. Cela implique des changements dans les politiques mises en œuvre, qui ne mettent pas en modèle la notion de compétition ou de concurrence des peuples et des hommes mais au contraire la notion de coopération, qui compense les inégalités naturelles et s’appuie sur la démocratie. Cela implique une remise en cause du capitalisme mondialisé, la socialisation des moyens de production, de l’énergie, de l’eau,… sous contrôle des salariés, des populations.

NOS REVENDICATIONS

Le combat pour la paix n’est pas un « plus » que nous apportons à nos revendications, il s’inscrit essentiellement dans notre programme revendicatif, sachant combien notre pouvoir d’achat, notre emploi, nos conditions de vie et de travail sont étroitement liés à une politique de paix, de désarmement, de développement vers un nouvel ordre économique international.

La guerre efface les revendications des travailleurs mais ne remet pas en cause le système économique d’accumulation du capital. Au contraire, elle est l’expression ultime des rapports de domination. Elle est toujours présentée comme le résultat d’un inéluctable enchaînement de causes, toutes meilleures les unes que les autres : les bombardements en Syrie, en Libye ou ailleurs sont justifiés par la lutte contre le « mal », contre des terroristes. Mais les véritables enjeux, ceux de l’énergie (gaz, pétrole, eau) de la maximisation des profits, sont occultés. Sans oublier le juteux commerce des armes : la France est le 3ème exportateur mondial (après USA et Russie) et l’industrie de l’armement représente 80 000 emplois directs et 85 000 indirects, pour un chiffre d’affaires de 15 milliards d’euros en 2015, qu’il vaudrait mieux consacrer au progrès et au développement économique et social des peuples !

Des accords concernant certains types d’armes ont été ratifiés par de nombreux pays (sont-ils respectés ?) mais la paix demande l’arrêt de toute fabrication. La mise en vigueur d’un désarmement total impliquerait, outre la fin de la domination capitaliste sur l’économie, que soit nécessairement prévue la reconversion des usines, des travailleurs et des productions. Nous devons poser la question dans nos CE : nos productions vont-elles à l’encontre de la Paix ?

 

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